mercredi 2 octobre 2013

LE TRAVAIL AU NOIR

Le dernier ouvrage d’Hubert Prolongeau cible une réalité sociologique : le monde du travail non déclaré mieux connu sous l’expression « travail au noir » A l’origine, celle-ci vient du moyen âge où les maîtres obligeaient les serfs à travailler dès la tombée de la nuit, contournant la loi qui exigeait le travail de jour uniquement. L’auteur a même le don de transformiste. C’est pour mieux raconter la vie d’un travailleur de l’ombre qu’il se fait passer pour l’un d’eux… L’enquête débute donc sur un chantier. • -« la prochaine fois, je veux bien revenir, mais je voudrais être déclaré ? » demande naïvement notre « faux » ouvrier. « Ce n’est pas la peine de revenir, on est déjà gentil de te faire travailler, faut pas mettre en plus le désordre ici, je veux plus te voir autrement ça va cogner » lui dit avec son accent menaçant le chef de chantier. Au fil des pages, les histoires se succèdent aussi surprenantes que dérangeantes. Des parcours qui racontent le travail à tout prix. Des portraits sans concessions d’hommes et de femmes. • « Une fois l’annonce parue, j’y suis allée, apeurée et excitée à la fois, pas de sodomie, j’amassais plein de liquide et à la fin j’étais riche » confie charlotte étudiante et prostituée. • « Le pire est de nettoyer sans masque après qu’un mort ait séjourné là. C’est à vomir. » raconte Said s’essuyant le front salarié au noir dans une entreprise de nettoyage depuis des années. • « Avais-je le choix. Avec 475 € de RSA, j’ai multiplié les heures de ménages non déclarées, ce qu’exigeait mon patron » déclare Marie Jeanne ancienne couturière de 15 ans chez Lejaby. Un livre choc pour rompre le silence. Terriblement captivant et audacieux. Ils travaillent au noir, Enquête sur un mal français, Robert Laffont, 230 pages, 19 €. Publication au journal le Point

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